Journée mondiale de la santé mentale: déclaration des survivants de violences liées au travail humanitaire et de leurs familles
Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, nous prenons la parole en tant que survivants d’attaques, de détentions arbitraires et d’enlèvements, que nous avons subis en raison de notre travail humanitaire. Nous nous exprimons également en tant que membres de familles qui subissent aussi le poids de ces violences.
Lorsque le danger est passé, la souffrance, elle, demeure. Les conséquences persistent longtemps après les événements. Parfois, elles sont visibles aux yeux des autres, mais souvent, elles ne le sont pas. Beaucoup d’entre nous semblent calmes en apparence, tout en portant la peur, le chagrin, la colère et une détresse dont nous avons rarement l’occasion de parler.
Pour les familles des travailleurs humanitaires détenus, il ne s’agit pas simplement d’un événement isolé, avec un début et une fin clairement définis. Lorsqu’un proche est enlevé ou détenu, les membres de sa famille doivent souvent assumer de nouvelles responsabilités ou endosser de nouveaux rôles au sein du foyer, en vivant dans l’incertitude et la peur constante, tout en devant faire face aux conséquences pratiques de son absence Beaucoup d’entre nous n’ont pas la possibilité de penser à leur propre santé mentale tant que leur proche n’est pas enfin rentré à la maison.
Pour la plupart des survivants, la douleur et les difficultés ne prennent pas fin lorsque l’événement est terminé, ni au moment de leur libération. Nous faisons face à une double charge : porter le traumatisme de ce que nous avons vécu et ses conséquences, tout en composant avec les répercussions durables sur nos familles, en particulier lorsque de très jeunes enfants sont concernés.
Nous avons besoin d’un accompagnement en santé mentale qui parte de là où nous en sommes : un accompagnement qui tienne compte de la complexité de ce que nous traversons, de nos circonstances et de ce que nous sommes en mesure de gérer à chaque instant. Cela implique un suivi professionnel adapté à nos réalités, mais aussi un soutien mutuel, de la solidarité, de la reconnaissance, du mentorat, des formations et de la supervision, ainsi que des espaces sûrs, en ligne et en présentiel, où nous pouvons partager nos expériences, écouter les récits des autres ou simplement nous sentir compris. Le soutien ne devrait pas prendre fin une fois que l’attaque, les blessures ou la détention appartiennent au passé. Il devrait se poursuivre aussi longtemps que nous en avons besoin, à un rythme que nous pouvons nous-mêmes définir.
Les programmes et les services doivent être accessibles, adaptés et contextualisés en fonction des réalités et des besoins spécifiques des travailleurs humanitaires concernés et de leurs familles.
Les travailleurs humanitaires survivants et leurs familles savent mieux que quiconque ce qui les aide et ce qui ne fonctionne pas. Leur voix doit contribuer à façonner les politiques de Duty of Care (devoir de protection et de prise en charge), ainsi que les mécanismes de réponse et de gestion des crises. Notre message aujourd’hui est simple : notre santé mentale doit être reconnue comme faisant partie intégrante du devoir de protection et de prise en charge envers les survivants et leurs familles touchés par ces violences.
« Nous ne demandons pas seulement de la compassion. Nous demandons une stratégie, des réseaux de soutien, de la coordination et une capacité collective à agir. »
Global Humanitarian Survivor Network, un réseau international de survivants de violences humanitaires et de leurs familles, soutenu par Protect Humanitarians.